LISEZ SA BIOGRAPHIE AVANT DE REGARDER LA VIDEO.
Vous comprendrez la fatigue, la lassitude, la douleur même, qu'on peut parfois apercevoir dans ses yeux. Je tiens à vous prévenir que sa voix est très spéciale : rocailleuse et fragile. Mais sa voix est marquée par toutes les douleurs de sa vie.
Billie Holiday, surnommée Lady Day, n'a jamais été aussi populaire que les autres chanteuses de jazz de sa génération, mais elle est tout de même considérée comme une des plus grandes divas du jazz.
Son véritable nom est Eleanora Fagan. Elle est née en 1915 à Baltimore. Ses parents n'ont jamais été mariés : c'est une des choses dont elle avait honte et qu'elle cacha toute sa vie (dans une de ses chansons, Lady Sings the Blues, elle change l'âge de ses parents et en fait un couple marié). Sa mère, Sadie Fagan, avait 19 ans et son père, Clarence Holiday, avait 17 ans. Clarence n'a jamais reconnu sa fille : il est guitariste de jazz et passe sa vie dans les clubs et sur les routes. Sadie n'a pas le temps de s'occuper de sa fille et la confie à sa famille.
Sa mère voyage de Baltimore à New York, cumule les petits jobs et se prostitue pour survivre. Pendant ce temps la petite Eleanora va de foyer en foyer. Gardée par une tante qui la bat, elle connaît son premier grand traumatisme alors qu'elle est toute petite : alors qu'elle faisait la sieste dans les bras de son arrière grand-mère, celle-ci meurt dans son sommeil. Eleanora se réveille étranglée par les bras de la morte. Des membres de sa famille viennent à son secours, mais la petite restera toujours traumatisée et ne prononcera plus une parole pendant des semaines après l'accident.
Quelques années plus tard, sa mère revient et la prend avec elle. Mais elle doit continuer à se prostituer pour subvenir aux besoins de sa fille et d'elle-même. Lors d'une des nombreuses nuits que sa mère passe dehors, la petite Eleonora, qui a alors 10 ans, est violée par un voisin.
Ensuite, sa mère n'ayant plus de toit pour elles, elle passe trois ans au couvent du Bon Pasteur, où elle est maltraitée et humiliée couramment, comme toutes les autres petites filles.
Mais sa mère la récupère de nouveau et l'installe dans un bordel, où elle passera son adolescence, ponctuée de violences, d'hommes, d'alcool et de drogues au c½ur d'Harlem.
Elle retrouve son père qui l'introduit dans le milieu du jazz.
A 15 ans, elle rencontre un jeune saxophoniste, et commence à se produire dans les clubs du Queens et à Brooklyn.
Elle choisit alors son nom de scène, Billie Holiday. Holiday car c'est le nom de son père, et Billie car c'est le surnom qu'il lui donnait. Elle continue sa tournée des clubs, rencontre le pianiste de jazz Bobby Henderson, dont elle devient la compagne. Elle gagne très peu d'argent, surtout à partir des pourboires que les spectateurs veulent bien lui laisser après ses chansons.
C'est en 1933 qu'elle est découverte par John Hammond, grand producteur pour Columbia. Elle enchaîne les enregistrements avec des musiciens comme Benny Goodman et Lester Young.
Dans les années 30-40, Billie est au sommet. Elle enregistre avec beaucoup de musiciens talentueux et ses chansons comme What A Little Moonlight Can Do connaissent un certain succès. Elle devient une star du jazz new-yorkais et enchaîne les aventures sentimentales avec des musiciens. Avec l'argent qu'elle gagne, elle achète un petit restaurant pour sa mère.
Elle chante avec le grand orchestre de Count Basie, puis avec celui d'Artie Shaw. A l'époque, la tournée avec ce dernier fait scandale, car elle est noire et l'orchestre blanc. La tournée est écourtée car dans le Sud des Etats-Unis, région très raciste, elle ne peut pas chanter, réserver une chambre d'hôtel ou entrer dans un restaurant en compagnie des musiciens.
Au début des années 40, Billie boit de plus en plus, se met à fumer de la marijuana et à avoir des liaisons avec des femmes.
En mars 1939, un professeur de lycée, Lewis Allan, écrit un poème et le met en musique pour Billie : Strange Fruit. Cette chanson est une métaphore dans laquelle Billie parle des lynchages et des pendaisons de Noirs dans le Sud des Etats-Unis. Cette chanson déchaîne els passions et devient sa « grande » chanson.
Plus tard, Billie fait la connaissance de Jimmy Monroe, qui deviendra son mari mais aussi son dealer : il l'habitue à l'opium, à la cocaïne, et se retrouve en prison.
Après leur divorce, elle se remarie et plonge dans l'héroïne. Elle devient une véritable esclave de la drogue, dépendante de son mari qui est son fournisseur.
Sa mère meurt, et Billie fait une dépression.
Après la guerre, elle est à son apogée : elle signe des contrats, enregistre à tour de bras des chansons devenues ses plus grands tubes (comme Lover Man, Don't Explain, God Bless The Child, Good morning Heartache, Fine and Mellow, Billie's Blues...).
C'est à cette époque qu'elle adopte le LSD. Elle est condamnée à un an de prison pour détention de stupéfiants, mais sort plus tôt pour bonne conduite.
Elle donnera ensuite un concert magistral à Carnegie Hall le 27 mars 1948, où elle fait un véritable triomphe et chante jusqu'à l'épuisement.
Elle commence à sortir avec un gangster nommé John Levy, qui est violent et la fournit en héroïne.
Elle continue à enregistrer avec Count Basie et Lionel Hampton, mais moralement, elle flanche. Elle se fait prendre une fois par la police en possession de stupéfiants mais son amie comédienne Tallulah Bankhead fait jouer ses relations pour éviter qu'elle soti condamnée. Cependant, la police la surveille sans relâche, et la presse n'est pas tendre avec elle. Billie aura une courte liaison avec Marlene Dietrich.
Durant ses enregistrements, Billie a du mal à chanter, à tenir le rythme. Elle ne parle pas clairement à cause de l'alcool, oublie les paroles, a des migraines, fait des crises et arrive en retard. Sa maison de production ne renouvelle pas son contrat avec elle, son ami Bobby Tucker la laisse tomber. Elle quitte John Levy et perd beaucoup d'argent, car il l'escroquait, mais retrouve une certaine liberté.
Dans les années 50, elle semble remonter la pente. Elle trouve une nouvelle maison de production, enregistre un album, Billie Holiday sings, qui a un certain succès, et travaille avec de grands musiciens. Elle est cependant très fatiguée physiquement et moralement.
En 1954, elle fait une tournée en Europe, où elle passe deux fois à Paris. Cette tournée fructueuse sera un de ses meilleurs souvenirs. Elle se produit de nouveau dans de grandes salles aux Etats-Unis.
A la fin des années 50, sa santé se dégrade beaucoup : n'ayant toujours pas réussi à décrocher de la drogue, elle est épuisée. Elle perd énormément de poids, s'enivre souvent avant les concerts, porte des vêtements à longues manches pour cacher les traces de piqûres qui recouvrent ses bras et même ses mains.
Elle enregistre en 1958 deux albums, Lady in Satin et Billie Holiday, très émouvants. Elle fait une autre tournée en Europe, mais elle est exténuée : elle écourte les chansons : tient à peine debout, doit s'asseoir.
A 44 ans, Billie aune cirrhose bien avancée, des oedèmes aux jambes, elle est définitivement malade. Mais elle boit du matin au soir pour oublier la douleur.
Elle souffre également d'une infection rénale et d'une congestion pulmonaire.
Elle meurt le 17 juillet 1959 à l'hôpital de Harlem, à l'âge de 44 ans.
Voici une très bonne analyse de sa voix d'après Wikipédia :
Son articulation un peu traînante est compensée par un sens du rythme unique, jouant avec les imperceptibles retards, les phrasés décontractés qui créent le swing si particulier de ses prestations. Billie à 20 ans, c'est aussi un timbre un peu enroué mais une diction parfaitement claire et admirée, ainsi qu'un vibrato discret, dont elle use pour donner à tel mot le poids nécessaire. Billie Holiday ne chante pas, elle joue dans tous les sens du terme, elle est à la fois enfant et actrice. Déjà dans les années 1930, cette sonorité si particulière et intimiste s'impose, quitte à se priver d'un plus grand succès populaire : tout le long de sa carrière, Billie manque de la puissance d'une Bessie Smith ou d'une Sarah Vaughan, et de l'agilité d'une Ella Fitzgerald. Heureusement, Billie rencontre un contexte favorable grâce à deux éléments : la généralisation du micro et la mode des chansons lentes, refrains d'amour et blues.